Aiissa Mohammedi
Préambule :
Pour comprendre les soubresauts sismiques qui agitent notre présent, de l’effondrement fumant des tours de Manhattan à la capture sidérante — véritable piraterie d’État — du président Maduro au Venezuela, il nous faut rompre avec la narration journalistique de surface. Ce qui se joue sous nos yeux n’est pas une succession d’accidents diplomatiques, mais un « hold-up » impérialiste planifié, exécuté sous le regard de caméras complices.
Le capitalisme contemporain a franchi un seuil ontologique : il ne se contente plus de produire des objets pour un marché ; il produit désormais la réalité fabriquée elle-même. Ce que Guy Debord nommait la « Société du Spectacle » a muté en sa phase ultime : le Spectaculaire Intégré. C’est le moment historique où l’État, l’Économie et la Technique fusionnent en une seule force de frappe. Dans cette nuit de la pensée, le faux ne laisse plus aucune place au vrai, et la marchandise colonise jusqu’à nos pulsions les plus intimes.
La Terreur Spectaculaire : Stade Suprême du Capital
La « Terreur Spectaculaire » n’est pas l’ennemi du système, elle est sa technologie de gestion. Le Capital, sentant son hégémonie vaciller sous le poids de la baisse tendancielle du taux de profit et de l’obsolescence du dollar, doit instaurer un état d’urgence permanent. Il ne gouverne plus par l’adhésion ou le contrat social, mais par la sidération.
1. La Dialectique du Monstre et du Protecteur
Le système exige un « extérieur » menaçant pour justifier son « intérieur » policier. Le terrorisme spectaculaire est une production étatique nécessaire. L’organisation centrale du pouvoir, que l’on peut nommer « Terror », n’a pas vocation à combattre l’effroi, mais à le gérer, à l’orienter et à le diffuser selon les besoins du marché mondial. L’Ennemi-Ami : Le terroriste devient le salarié de l’ombre de la domination. Il fournit le « choc » émotionnel indispensable pour que les populations, tremblantes et dépossédées de leur esprit critique, abandonnent leur dignité pour une promesse de sécurité illusoire. C’est le triomphe du « moindre mal » : on vous présente un monstre pré-fabriqué pour vous faire accepter un maître bien réel.
2. La Géopolitique du Pillage
Le Cas du Venezuela L’impérialisme n’est pas un choix idéologique, c’est une nécessité biologique pour le Capital. Pour survivre à sa propre décomposition, il doit dévorer les ressources : pétrole, gaz, terres rares. L’inouï vénézuélien — la capture de Maduro au mépris de toute souveraineté — est la preuve que le Spectacle n’a plus besoin de son masque démocratique. C’est la manifestation « sans maquillage » de la force brute. L’ONU n’est plus qu’un décor de théâtre, une chambre d’enregistrement où l’on valide la volonté de l’Empire. Le spectacle n’est plus là pour cacher la violence, il est là pour la célébrer comme une norme inéluctable, brisant toute velléité de résistance.
De la Défense Nationale à la Folie Impériale
Ce que l’Empire présente comme de la « défense nationale » n’est en vérité que l’expression d’une folie expansionniste qui signe, en ce début d’année, non pas la naissance d’une nouvelle ère, mais le décès d’une civilisation. Le rideau se lève sur un nouveau « Sykes-Picot » global, un partage du monde où les bénéficiaires — les USA, mais aussi, par ricochet dialectique, les puissances russes et chinoises — se délectent des restes d’un ordre international moribond.
Dans ce grand « Happy Year » médiatique, la réalité est sanglante : plusieurs milliers, voire millions de victimes civiles plus tard, le bilan est sans appel. La majorité des peuples écrasés sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires auront été les populations arabes et musulmanes. Pourquoi ? Parce qu’elles ont été systématiquement privées d’armes dissuasives, de légitimité populaire réelle et, surtout, d’une vision de la réalité du monde telle qu’elle est. Elles ont été maintenues dans l’illusion par leurs propres élites, elles-mêmes complices du spectacle mondial.
3. Le Despotisme de l’Information :
L’Inversion du Réel Dans le monde global de la terreur, la vérité est ce que l’écran décrète. Le Spectacle organise la « perception policière » de la réalité.
La Gestion du Dissimulé : Le pouvoir occulte ses propres crimes en les projetant sur ceux qu’il veut abattre. On accuse de « dictature » ou de « terrorisme » ceux qui font obstacle au flux de la marchandise ou à l’hégémonie du dollar.
Le Sacrifice Cynique : Le système est prêt à sacrifier ses propres pions pour valider son scénario. Le sang humain n’est ici qu’un lubrifiant pour les rouages de l’économie financière. C’est la gestion technique des intérêts du Capital où la vie n’a de valeur que si elle est spectaculairement utile.